ÉCOUTER SON CORPS SANS INTERPRETER : UN RETOUR A L’INTELLIGENCE SOMATIQUE
Quand on parle d’écouter son corps sans vouloir transformer, on touche à un principe fondamental : la présence.
Les neurosciences affectives (notamment grâce aux travaux d’Antonio Damasio, Joseph LeDoux ou encore Bessel van der Kolk) montrent que le corps est le premier lieu d’expression de nos émotions. Avant même que le mental n’identifie une émotion, le corps la vit : tension, chaleur, rythme cardiaque, boule au ventre, gorge nouée…
Mais ce qui amplifie souvent la souffrance, ce n’est pas l’émotion elle-même, c’est l’histoire mentale qu’on y ajoute :
« Je ne devrais pas ressentir ça »,
« Ça veut dire que je suis faible »,
« Il faut que je me débarrasse de cette sensation »…
Or, mettre une étiquette revient à figer une expérience vivante. Cela crée une séparation entre soi et le ressenti.
Alors que l’émotion, par nature, est mouvement. Énergie en mouvement.
Ce que disent les neurosciences :
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Le système limbique, centre de nos émotions, réagit avant le cortex préfrontal, siège du raisonnement.
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Le fait de nommer une émotion (sans jugement) peut aider à l’apaiser, mais chercher à l’analyser ou la refouler active davantage le stress et l’agitation mentale.
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Ce que l’on refoule s’imprime dans le corps. Ce que l’on accueille sans jugement se transforme naturellement.
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La pleine conscience émotionnelle, selon des chercheurs comme Jon Kabat-Zinn ou Daniel Siegel, consiste à ressentir ce qui est là sans chercher à le changer. Et c’est précisément cela qui libère.
Le corps comme guide
Dans une écoute fine, non mentale, le corps devient un espace sacré d’accueil.
Tu observes, tu ressens, tu laisses traverser.
Pas besoin de nommer. Pas besoin de comprendre.
Juste rester en lien, comme on resterait à côté d’un enfant qui pleure, sans chercher à le faire taire.
C’est cela, l’alchimie intérieure :
Laisser être… pour laisser passer.
En pratique :
Voici quelques clés simples pour vivre cela :
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Fermer les yeux, et sentir : où est-ce que ça vit en moi ?
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Observer la texture, la température, le rythme… sans chercher à mentaliser.
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Respirer avec, et accueillir la sensation comme elle vient.
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Ne pas chercher à s’en débarrasser. Juste rester là, témoin bienveillant.
En résumé
Écouter son corps sans étiquettes, sans intentions de transformation, c’est faire confiance à l’intelligence innée du vivant en nous.
C’est ne plus chercher à “faire passer” une émotion, mais simplement lui faire de la place.
Et c’est souvent dans cet abandon que la véritable transformation opère — sans effort, sans contrôle.
Juste par le pouvoir de la présence.
